Faut-il se méfier des conservateurs dans nos cosmétiques ?

Faut-il se méfier des conservateurs dans nos cosmétiques ?

Écrit par Chloé Le Goff le

Le job à temps plein des conservateurs dans nos cosmétiques ? Éliminer toutes les bactéries qu’il croise sur son passage. C’est bien pratique, puisqu’en évitant qu’elles ne se développent, on protège les consommateurs de contaminations. Le hic, c’est que notre peau est, elle, recouverte de bactéries. Or un conservateur va également s’attaquer à ces « bonnes » bactéries qui sont à la surface de notre peau et constituent un rempart contre les agressions extérieures. 

Qu’est-ce qu’un conservateur ?

Un conservateur est un agent bactéricide, donc « qui tue les bactéries. » Son rôle est d’éviter toute contamination bactérienne est d’assurer la conservation de nos crèmes, lotions et sérums dans le temps. Car un produit mal conservé peut se dégrader (odeur, couleur, aspect ou propriétés qui changent). Un défi difficile à relever quand on sait que les cosmétiques patientent souvent de longs mois voire plusieurs années après leur fabrication avant de rejoindre nos salles de bains. Le règlement n°1223/2009 du Parlement Européen (Annexe V) autorise 59 conservateurs, et précise la concentration maximale à laquelle ils sont autorisés.

Comment reconnaître les conservateurs cosmétiques ?

Il existe deux grands types de conservateurs : les antibactériens ou antifongiques, et les antioxydants. Les antibactériens s’attaquent aux micro-organismes. Ceux-ci peuvent venir d’une contamination au cours de la production ou à cause d’une eau trop « active ». Ils peuvent être synthétiques ou naturels (certains autorisés par les labels bio). Ces conservateurs ne respectent pas toujours la flore bactérienne, notamment celle des peaux sensibles, et tous ne se valent pas. Certains agressent le pH et perturbent le microbiome de la peau, ce tapis de bonnes bactéries qui nous protège des agressions extérieures. Les antioxydants, d’autre part, empêchent l’oxydation ou des réactions causées par l’oxygène (quand on ouvre le produit) ou les radicaux libres.

Faut-il tous les mettre dans le même panier ?

Non. Les conservateurs anti-bactériens synthétiques sont très controversés, mais les conservateurs naturels sont moins agressifs. Néanmoins, ils sont tous « bactéricides » et agressent donc la flore cutanée d’une manière ou d’une autre. Aucun conservateur ne peut garantir une parfaite innocuité pour la peau. On conseille de privilégier les conservateurs cosmétiques autorisés par les labels bio, ou – mieux – essayer de les éviter, tout simplement.

Liste des conservateurs cosmétiques

Décryptage des conservateurs controversés

Les conservateurs à risque avéré

  • Parabènes (butylparaben, propylparaben, l’isobutylparaben) : Il est désormais avéré que ces parabènes sont des perturbateurs endocriniens. Le 25 juin 2020, l'ECHA les a ajouté à la liste des substances extrêmement préoccupantes (SVHC). En Europe, la concentration maximale autorisée dans les cosmétiques est règlementée. Aussi, ces parabènes sont interdits dans les produits sans rinçage destinés à être appliqués sur la zone du siège des enfants de moins de trois ans.

  • Formaldéhyde  : Cancérigène et allergène⁠, ce libérateur de formaldéhyde est interdit dans les cosmétiques en Europe. Il est néanmoins présent dans 0.04% des cosmétiques dans le monde.

  • Triclosan : Il est présent dans 0.23% des cosmétiques alors qu'il est suspecté d'être un perturbateur endocrinien⁠. En Europe, sa concentration dans les cosmétiques est règlementée. 

Les conservateurs à risque en débat ⁠

  • Phénoxyethanol : C'est sûrement l'un des conservateurs les plus polémiques ! Depuis 2012, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) recommande que ce conservateur ne soit pas utilisé dans les produits cosmétiques destinés au siège des bébés et que sa teneur maximale soit fixée à 0,4% pour les autres produits destinés aux enfants de moins de 3 ans. Mais dans son avis de mai 2018, le Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST), alors chargé de réévaluer le phénoxyéthanol au niveau de Européen, conclu que dans tous les autres produits cosmétiques destinés aux enfants de 3 ans ou moins, la concentration maximale de phénoxyéthanol resterait de 1 %. Le phénoxyethanol est donc réglementé dans les cosmétiques pour nourrisson. Mais pour l'heure, il est toujours jugé "sans risque" à hauteur de 1% dans les produits qui ne sont pas destinés au siège des bébés, et reste ainsi présent dans 33.2% des cosmétiques.

  • Buthyl hydroxytoluène (BHT) et Buthyl hydroxyanisole (BHA) : des recherches sont encore en cours pour savoir s'ils sont cancérigènes, allergènes et s'ils sont des perturbateurs endocriniens. Concernant les BHT, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) le classe parmi les substances dont l'innocuité n'a pas pu être établie, alors que l'ARTAC (Association française pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse), le classe elle, parmi les substances "probablement cancérigènes". Cet ingrédient est ainsi présent dans 9.79% des cosmétiques.

Conservateurs cosmétiques

Comment éviter les conservateurs cosmétiques sans prendre aucun risque ? 

#1 Préférer des cosmétiques solides, sans eau, qui n’ont pas besoin de conservateurs pour vivre une vie heureuse ! Découvrez notre sélection de savons solides, parfaits pour bichonner votre peau !

#2 Opter pour une nouvelle génération de cosmétiques qui apparaît et qui parvient, en limitant l’eau disponible dans la formule, ou en utilisant des anti-microbiens naturels, à s’affranchir des conservateurs. Car moins il y a d’eau, moins les bactéries peuvent se développer.

#3 Acheter des cosmétiques stériles. Elles sont chauffées à 155°C (c’est de l’UHT, comme pour le lait). On en trouve chez Avène et La Roche Posay. Cela permet d’avoir une formule propre, stérile, sans aucun conservateur. Mais d’autres problèmes se posent : certains actifs organiques perdent toute efficacité après ce passage à haute température. Cela nécessite aussi d’utiliser des flacons « airless » (ne laissent pas rentrer l’air) qui ne sont pas du tout recyclables.


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